L’Europe, une réalité bien présente en Bretagne

 

Constamment décriée, l’Europe est pourtant une réalité importante en Bretagne, particulièrement avec la régionalisation d’une partie des fonds européens. Jacques Le Vagueresse, directeur des affaires européennes à la Région, se veut pédagogique et rappelle tous les apports bénéfiques de l’UE dans une péninsule majoritairement acquise aux idées européennes.

Brexit, montée des populismes, critiques sur la bureaucratie bruxelloise, crise migratoire…, en général, l’actualité liée à l’Europe est plutôt anxiogène ! On en oublierait presque ce qui fonctionne dans l’Union européenne, géant économique et espace de paix depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Loin d’être un concept lointain et abstrait, l’Europe est aussi présente dans notre quotidien à travers de nombreux programmes. Pour s’en rendre compte, en Bretagne administrative, on peut aller sur le site www.europe.bzh. Il propose notamment une carte interactive des projets européens sur le territoire. Les maisons de l’Europe, dans chaque département, font également un travail important d’explication des enjeux continentaux.

 

Une guerre de communication

« L’Europe est très mauvaise en communication, explique Jacques Le Vagueresse, directeur des affaires européennes à la région Bretagne. Personne ne sait, par exemple, qu’une bonne partie du financement du téléphérique de Brest a été apportée par l’Europe. En général, les élus préfèrent s’attribuer tout le mérite, sans mentionner l’apport européen. Cela contribue également à la mauvaise image de l’UE. » Plus grave, cette communication est désormais régulièrement polluée par « des sites d’extrême droite ou des trolls russes. Sur les réseaux sociaux, ils sont beaucoup plus réactifs que les technocrates bruxellois ! ».

Les fake news ont largement contribué au vote pour le Brexit en Grande-Bretagne. « C’est pour cela qu’il faut expliquer l’Europe, indique Jacques Le Vagueresse. Le Brexit va, hélas, être une excellente publicité pour l’Europe. Les Britanniques sont en train de se rendre compte de tout ce qu’ils vont perdre. Le pire est que cela va toucher les classes les plus populaires, particulièrement les pêcheurs et les agriculteurs. C’est le paradoxe : ceux qui touchent le plus d’aides européennes sont ceux qui sont les plus eurosceptiques. » La situation économique catastrophique actuelle en Italie – gouvernée par des mouvements populistes – pourrait également donner à réfléchir à certains, plus enclins à la critique qu’à proposer des solutions réalistes.

 

Régionalisation des fonds européens

Avec la nouvelle vague de décentralisation, ce sont désormais les régions qui gèrent 100 % de la gestion du Feder, (Fonds européen de développement régional), du FEADER (Fonds européen agricole pour le développement rural), du FEAMP (Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche) ainsi que 30 % du FSE (Fonds social européen). « La Région est apparue comme l’échelon le plus pertinent, note Jacques Le Vagueresse, à la fois proche du terrain et assez importante pour supporter la complexité de certains dossiers. » Selon lui, la relation avec l’État étant historiquement bonne en Bretagne, celle avec l’Europe est plus facile ; ce qui n’est pas le cas dans d’autres régions.

La Bretagne est donc une autorité de gestion pour ces fonds européens. « Nous sommes comme une tour de contrôle. On a une vision globale. Nous avons aussi beaucoup d’audits et de contrôles avec la Commission européenne. Tout doit être justifié. Le taux d’erreur accepté n’est que de 2 %. Il est actuellement de 1,34 % en Bretagne. »

 

Osiris, le bug du ministère de l’Agriculture

Aujourd’hui, la Région emploie une trentaine de personnes pour gérer les fonds européens. Elles s’occupent ainsi du FEADER, à destination de l’agriculture. « Le FEADER a été décentralisé depuis 2014, malgré l’opposition du ministère de l’Agriculture qui est très centralisateur. » Ce dernier a mis au point le logiciel Osiris, d’une complexité effroyable et pas du tout adapté à une gestion régionale des dossiers.

Il a été à l’origine de nombreux retards de versements. « Il fallait quarante-huit heures pour remplir un seul dossier !, se souvient Jacques Le Vagueresse. Nous en avions des milliers à traiter. En Bretagne, on s’est retroussés les manches, et on a cravaché malgré les réticences de l’administration centrale. On a mis 16 personnes au service de l’État pour gérer ce dossier, ce qui est assez unique. On a ainsi évité le pire. »

 

La Bretagne bénéficiaire

La Bretagne reçoit désormais environ un milliard d’euros sur six ans en fonds européens. Ce qui est loin d’être négligeable, lorsque l’on sait que son budget annuel est d’un milliard. « Nous en utilisons 97 %, précise Jacques Le Vagueresse. La Bretagne est bénéficiaire nette. Oui, on reçoit de l’argent venant de régions plus riches, comme la région Rhône-Alpes, ou  de pays comme l’Allemagne. Le problème est que l’État a tendance à tout recontrôler et n’accepte pas la régionalisation des fonds », indique Jacques Le Vagueresse. Et d’évoquer ce que doit la Bretagne à l’Europe. « En agriculture, cela fonctionne bien. Nous sommes l’une des rares régions à encore financer le bio ; dans les infrastructures également. Le déploiement de la fibre est, par exemple, financé pour un tiers par les fonds européens. Dans le prochain budget, à partir de 2020, pour la première fois, le Feder va dépasser la Pac. Et Désormais, les financements européens pourront passer à 55 % du total des financements. »

Erwan Chartier-Le Floch