Pascal Jaouen Sur la route de… Saint-Jacques

Le fondateur de l’École de broderie d’art de Quimper présente sa nouvelle collection de « haute broderie » à l’Archipe de Fouesnant, samedi 4 mai 2019 en avant-première. Après Gwenn ha du en 2015, c’est à la Galice et au chemin de Saint-Jacques, qu’il rend hommage. Le JDB l’a rencontré récemment pour évoquer ce projet

En 2019, plusieurs itinéraires s’offrent à ceux qui souhaitent mettre leur pas dans ceux de Pascal Jaouen et découvrir le parcours incroyable de ce créateur passionné qui a fait passer l’art de la broderie traditionnelle dans le camp des savoir-faire populaires redevenus source de création artistique contemporaine. Le premier les entraînera sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, à travers une tournée de défilés-spectacles présentant sa nouvelle collection, qui après une avant-première à l’Archipel de Fouesnant, le 4 mai, débutera au Festival interceltique de Lorient, en août.

Un hommage à la Galice

« L’idée est née d’un échange avec Lisardo Lombardía, le directeur du Fil, il y a deux ans. Il m’a invité à présenter ma prochaine collection à Lorient. J’ai souhaité rendre hommage à la Galice, en souvenir d’un voyage, il y a vingt-quatre ans, pendant lequel j’ai trouvé l’inspiration du tapis d’Orient, la pièce de broderie qui a fait connaître l’École de broderie Glazik. Et ce défilé rend aussi hommage à ce pèlerinage spirituel et culturel très important dans le monde celtique qu’est Saint-Jacques-de-Compostelle. » Le défilé sera divisé en plusieurs tableaux présentant chacun plusieurs tenues : les créations inspirées par la culture locale au départ de Bannalec, une paroisse elle-même située sur le chemin de Saint-Jacques d’où Pascal Jaouen est originaire, des pièces plus mondaines, élégantes et citadines pour la partie française, des robes nourries par le Pays basque Nord et Sud, les Asturies et la Galice et enfin, au terme du pèlerinage, la robe de Saint-Jacques qui rend elle aussi hommage aux voies maritimes de Saint-Jacques.

Des mannequins entourés de danseurs

Pour présenter la nouvelle collection, Pascal Jaouen a souhaité souligner la modernité de son travail en y associant de la danse contemporaine. « La jeune chorégraphe bigoudène Marie Coïc, qui explore notamment les rencontres possibles entre danse contemporaine et danses traditionnelles, fait intervenir quatre danseurs qui accompagnent les mannequins et évoquent le cheminement vers Saint-jacques. Les danseurs portent eux-mêmes une tenue qui prend peu à peu la marque du temps passé sur le chemin. » C’est la musicienne Cécile Corbel qui a composé une pièce musicale, également empreinte de modernité. « Cet itinéraire a été prétexte à explorer des sons et textures différentes au fil des régions traversées, explique la musicienne originaire de Pont-Croix. Les percussions, les cloches, les voix guident le pèlerin au fil des musiques. Je voulais proposer quelque chose de résolument moderne, mais nourri par des racines fortes et par un certain mysticisme. Ainsi, dans mes musiques des sons électro, voire techno se mêlent aux instruments traditionnels et à des voix incantatoires ou dansantes. » Après Lorient en août, War an hent sera présenté à partir de l’automne à Quimper, Rennes, Châtelaudren, Paris, Nantes, Vannes et les festivals 2020.

Vers une reconnaissance profonde

Avec les grands passeurs de mémoire du chant ou de la danse, Pascal Jaouen partage le besoin quasi vital de rendre sa dignité à un art dans lequel la Bretagne a longtemps exprimé une grande créativité, celle du vêtement populaire brodé. S’il met autant de cœur et d’énergie à atteindre son but, c’est qu’au-delà de sa discipline, c’est un véritable amour pour la Bretagne, une envie profonde de voir ses racines, notamment rurales, nourrir et embellir le monde de demain, comme ses brodeurs embellissent vêtements, meubles, objets de tables depuis 1995. Ce n’est donc ni un hasard ni un coup de com si les robes qui seront dévoilées tout au long de la saison porteront des noms liés à la mémoire du chanteur Yann-Fañch Kemener ou que le nom de sa collection War an hent figurera en breton d’abord en haut de l’affiche. « Maintenant que Yann-Fañch est parti, c’est à nous de prendre le relais de ce qu’il a fait en nous investissant pour la Bretagne et sa culture, en montrant l’exemple », explique-t-il avec émotion. D’ailleurs lorsqu’on évoque le chant et la langue bretonne, le flot d’une voix déjà portée par la passion s’accélère encore et l’émotion jaillit. « Le français n’est pas ma langue, c’est le breton qui aurait dû être ma langue maternelle ! Mes parents ne m’ont pas transmis le breton, et pour moi, c’est comme si on m’avait amputé ! Pas d’un bras ou d’une jambe, mais d’un autre membre, la langue ! » Dès la rentrée, des cours de broderie en breton seront d’ailleurs proposés à Quimper avec la complicité de la journaliste Joan Bizien. Quant à Pascal, c’est à Mervent qu’il soignera sa blessure en suivant un stage de breton intensif de six mois, même s’il est loin d’être débutant. « C’est bien de montrer le côté visuel de la Bretagne, les paysages, la mer dans des belles émissions, mais je veux être un de ceux qui vont plus loin et ouvre à une reconnaissance plus profonde de la richesse de la culture bretonne. »

Sur la route de… Quimper

En attendant la grande odyssée scénique vers Saint-Jacques, Pascal Jaouen et la ville de Quimper vous invitent du 6 juillet au 22 septembre à une série de balades brodées dont certaines accompagnées par le brodeur lui-même à travers de nombreux lieux emblématiques où seront exposées des pièces de Pascal, des photographies de Bernard Galéron, des films, mais aussi des créations en métal réalisées en partenariat avec l’entreprise Cadiou ainsi que des conférences.
Yann Rivallain