Romain Pasquier : « on aura la décentralisation que l’on mérite »

Politologue et enseignant à Sciences-Po Rennes, Romain Pasquier analyse la percée macroniste en Bretagne.

 

Comment Emmanuel Macron a-t-il capté le vote breton ?

Il a pu jouer sur la conjonction de plusieurs facteurs. Son programme en 2017 apparaissait comme innovateur, avec un exercice plus horizontal du pouvoir. Il a bénéficié du ralliement de personnalités bretonnes, comme Le Drian et Ferrand. Macron a aussi incarné une certaine modération centriste qui correspond bien à l’opinion bretonne. Il a notamment capté le vote de la deuxième gauche rocardienne. En incarnant le vieux fonds centriste chrétien breton et la gauche modérée, il a totalement ringardisé la vieille garde politique bretonne ; d’où son succès.

 

En 2015, Jean-Yves Le Drian n’avait-il pas fait du Macron avant l’heure ?

À l’époque, Jean-Yves Le Drian avait, en effet, ouvert une nouvelle voie en réunissant des écolos, des régionalistes, des syndicalistes, des centristes sur sa liste. Il cochait toutes les cases du modèle breton (Jec, Unef, Fil, élections locales…) de par ses engagements passés, ce qui lui a permis de prétendre incarner la Bretagne. Il a aussi été très malin politiquement. Malgré des circonstances particulières, avec les attentats de 2015, il a été le président de région le mieux élu, dans un contexte très défavorable au PS.

 

Le modèle macronien n’est-il pas fragilisé aujourd’hui ?

C’est incontestable. Emmanuel a déçu en Bretagne, par sa pratique trop verticale, trop technocratique du pouvoir. On a un autisme très éloigné des préoccupations bretonnes. Bien sûr, il y a eu ses discours de Quimper et de Saint-Brieuc, mais on attend des actes concrets. On a, pour l’instant, plus l’impression d’une « câlinothérapie » envers les maires de Bretagne.

 

Vous êtes dubitatif sur les volontés décentralisatrices de Macron ?

Sur ce sujet, tout reste à faire. Ce n’est pas dans son logiciel, ce n’est pas dans sa formation intellectuelle, mais c’est un pragmatique, et il a compris certaines choses. Mais pour obtenir plus de compétences et de pouvoir régional, il faut un vrai partage.

Or, en Bretagne, contrairement à l’Alsace et à la Corse, il n’y a pas de créativité politique. Les élus ne demandent pas grand-chose…

 

Pensez-vous que le futur droit à la différenciation puisse être une révolution ?

La différenciation existe déjà, principalement dans les DOM-TOM. Son introduction dans la constitution sera une évolution importante. Elle va apporter de la valeur ajoutée territoriale. Après, aujourd’hui, on a la différenciation que l’on mérite. La Bretagne se doit d’être en mode proactif, mais elle est encore trop fragmentée en petites féodalités politiques pour y arriver.

Il est nécessaire qu’il n’y ait une mobilisation citoyenne pour faire pression, notamment pour une assemblée de Bretagne. À nous de créer un récit politique qui nous soit propre, car les freins ne sont plus aujourd’hui à Paris, mais chez nous.