Silence, ça pousse à la houblonnière

Travaux pratiques pour les élèves du lycée agricole de Kernilien sous l’œil attentif d’Antoine Floury.

12.000 plants à mettre en terre avant la fin du mois, c’est le travail auquel s’active Antoine Floury à la houblonnière de Lézerzot, la plus grande en Bretagne.

L’aide des élèves du lycée agricole de Kernilien de Guingamp n’est pas superflue, au milieu des sillons, pour planter, à 30 cm de profondeur, les milliers de plants de houblon et poser le dernier jalon de l’installation de la houblonnière d’Antoine Floury. « On a levé plus de 200 poteaux reliés entre eux l’hiver dernier, et là, planter, c’est une période un peu stressante parce que c’est la mise en place de quarante ans de carrière, indique-t-il. Mes plants viennent d’Angleterre, je les ai choisis pour le pédoclimat similaire ici, ce sont des plants qui s’acclimatent bien en Bretagne. »

Des brasseurs déjà intéressés

Si d’autres exemples de culture du houblon existent à Allaire (Morbihan), à Bourgneuf-en-Retz et au Cellier (Loire-Atlantique), les bières bretonnes utilisent essentiellement la production alsacienne. Pour cet adepte des circuits courts, la rareté de la production dans la région justifie son installation pour permettre de produire localement cet élément indispensable à la bière, et fournir ainsi les brasseurs locaux. La Brasserie artisanale de Paimpol, Philomenn à Tréguier, le Baril à Brest, Globul’ Factory à Mellionec ou encore la brasserie du Menez-Bré à Pédernec : plusieurs d’entre eux lui ont fait part de leur intérêt. « Je connais leur métier, les exigences de chacun et ils savent ce que je fais ».
Du houblon 100 % bio
Une quête de cohérence humaine et professionnelle pour laquelle ce jeune diplômé en physiologie végétale a choisi la production bio. Question entretien, par exemple, quarante moutons de Belle-Île-en-Mer opèrent un traitement on ne peut plus naturel. « Ils vont manger les feuilles basses, supprimer les maladies potentielles sur les plants et les transformer avec leur organisme en engrais naturel. Le système est équilibré entre l’animal et le végétal. » Avec quatre hectares de culture, le houblonnier brélidien a ainsi fait sortir de terre la plus grande exploitation du genre en Bretagne.

1,2 tonne à la récolte

À entendre parler ce fils de marin-pêcheur, le lieu n’est pas sans rappeler sa ville natale de Paimpol. « On s’y retrouve un peu, sourit-il, avec tous les poteaux qui ressemblent à des mâts de vieux gréements, les câbles qui rappellent les drisses, et les lianes de coco qui ressemblent aux bouts des bateaux, tout ça sur un terrain en planches, comme des vagues. » Avec sa croissance spectaculaire, le houblon sera récolté dès septembre. « On va récolter 20 % de chaque plant et ce sera un peu plus dans les années suivantes. La production devrait tourner autour de 1,2 tonne. » Une bière entièrement composée d’ingrédients bretons : une perspective à laquelle Antoine Floury compte bien donner corps.
Maël Daniel