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Municipales 2026 : l'analyse de Kévin Faure, président de Finistère et Solidaires

  • il y a 23 heures
  • 4 min de lecture

Les résultats de ces élections municipales en Bretagne, et particulièrement en Finistère et à Brest, ne sont pas anodins. Ils marquent un tournant. Et ils appellent à la lucidité.


Quatre enseignements majeurs s’imposent :


  • Une évolution préoccupante de la vie démocratique. La violence des campagnes, le bruit et la fureur, l’instrumentalisation des peurs ont trop souvent remplacé le débat d’idées. On ne combat plus des projets, on combat des personnes. Cette dérive n’est pas marginale : elle s’installe. C’est une forme de trumpisation de la vie politique, y compris localement.

  • Une forme de dégagisme. Mais ce dégagisme ne produit pas nécessairement du renouveau démocratique. Il nourrit parfois une logique de rejet plus que de construction.

  • La porosité entre la droite et l’extrême droite est désormais une réalité, dans les idées comme dans les reports de voix. À l’inverse, les urnes ont montré que la porosité entre la gauche modérée et La France insoumise n’existe pas. Ceux qui prétendaient le contraire sont désormais démentis par les faits.

  • Une sanction politique nette des stratégies de fusion à gauche. Lorsque la gauche est rassemblée dès le premier tour, elle fédère. Lorsqu’elle se recompose artificiellement au second, elle repousse. C’est une leçon claire.


Ces résultats actent une réalité : il existe aujourd’hui deux gauches aux ego et aux individualités irréconciliables à l’échelle nationale. Mais cela ne doit pas conduire au renoncement. Au contraire. À l’échelle locale, il y a une responsabilité : reconstruire une gauche crédible, modérée, ancrée, capable de rassembler. Une gauche qui parle du quotidien, des services publics, de la solidarité, de l’avenir des territoires.


Une gauche orpheline et à reconstruire


Au lendemain de défaites de certaines stratégies d'union à gauche, et quelques heures après la disparition de Lionel Jospin, force est de constater que la gauche plurielle est abîmée et orpheline. Sa réparation sera au cœur du nouveau chapitre, voire du nouveau livre, qui s’ouvre à gauche. Un livre qui doit être écrit sans dogme, sans dépendance aux appareils, agnostique des personnes, et centré sur le projet de société.


Il faut aussi regarder une autre réalité en face : le front républicain n’existe plus. Quand un responsable national de droite, chef des Républicains, Bruno Retailleau, se contente d’un « aucune voix pour LFI » sans mentionner l'extrême droite, il acte une rupture majeure. Cela revient à abandonner le combat historique contre l’extrême droite et à accompagner un phénomène idéologique qui se poursuit : les digues qui tombent.


Dans ce paysage troublé, le Finistère montre une situation contrastée. Oui, la gauche résiste dans plusieurs villes comme Morlaix, Quimper, Quimperlé, Carhaix, mais aussi chez mes collègues à Plouigneau, Rosporden, Guengat, Guimaëc ou Saint-Urbain. Oui, certaines dynamiques locales font basculer à gauche comme Plonéour-Lanvern ou Landivisiau.


Les signaux faibles et la dépolitisation


Mais il y a aussi des signaux faibles à ne pas ignorer :

  • Des victoires fragiles de la droite à Douarnenez ou Concarneau.

  • Une montée des listes dites « citoyennes », qui traduisent souvent une dépolitisation du débat public.


Ce phénomène touche aussi la droite et le centre : les étiquettes partisanes s’effacent et peu de listes revendiquaient clairement un logo LR, Renaissance, Horizons ou MoDem. Mais derrière cette apparente neutralité, les clivages, eux, demeurent.


Le cas de Brest : un tournant historique


À Brest, les choses semblaient claires dès le premier tour. Une poussée de la droite, de l’extrême droite, du populisme, ajoutée à un fait marquant : un combat concentré contre un homme, bien plus que contre ou pour un projet. La victoire de Stéphane Roudaut est nette. Elle est respectable et doit être respectée. Je l'ai par ailleurs salué ainsi que certains de ses colistiers ce matin.


Cette victoire pose aussi une question politique majeure, car elle repose sur une coalition électorale profondément hétérogène :

  • Des électeurs issus de la droite et du centre classiques.

  • Des reports de voix de l’extrême droite (bien que non revendiqués).

  • Une partie d’un électorat de gauche modérée, en recherche de renouvellement ou défavorable à l'accord avec LFI.


C’est une base fragile qui rend la gouvernance de la ville et de la métropole très difficile. Répondre à des attentes aussi contradictoires sera complexe pour ne pas risquer de décevoir dans quelques années. D'autant plus qu'il ne faut pas se tromper de lecture. Le premier tour l’a montré : Brest reste majoritairement une ville de gauche. Cela complexifiera davantage cette gouvernance d'une base électorale hétérogène.


L'héritage du socialisme municipal


C’est un héritage fort : celui du socialisme municipal, des associations, des syndicats, des patronages laïques. Une séquence politique qui ne remonte pas au premier mandat de François Cuillandre, ni à celui de Pierre Maille, mais bel et bien à la première victoire de Francis Le Blé en 1977.


En ce sens, je salue avec fraternité et camaraderie François Cuillandre qui a défendu un bilan désormais salué par l'ensemble de la classe politique responsable. Le rayonnement de Brest, le fonctionnement de ses services publics, la fierté des Brestoises et des Brestois, c'est la marque de l'homme engagé pour sa ville qui demeure. Brest, c'est aussi l'héritage d’une ville construite autour de la solidarité, du service public et de l’engagement collectif. Merci Francis, Pierre et François.


Je crois profondément que le socle de Brestoises et de Brestois ancrés à gauche existe toujours. Et c’est sur lui que devra se reconstruire l’avenir. Nous sommes à un moment charnière. Le paysage politique se fragmente. Les repères bougent. Les équilibres anciens disparaissent. Hélas, les enseignements des dernières années sur les méthodes, les incarnations et les réflexions de fond ne sont pas tirés. Néanmoins, une chose demeure : le besoin d'un projet collectif, de coordination, de cohérence et de sincérité. Moins de posture. Moins de bruit. Plus de fond. C’est à cette condition que nous pourrons reconstruire une dynamique politique utile, crédible et fidèle à nos valeurs.


Kévin FAURE

Président de Finistère et Solidaires Conseiller départemental du Finistère

 
 
 

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