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Requiem pour Yannig Baron


Yannig Baron
Yannig Baron

Il y a des gens qui sont comme des menhirs et qui vous donnent le sentiment d’avoir

toujours été là. Et quand ils partent, on s’interroge. Mais enfin comment est-ce possible ?

Yannig était un roc auquel on pouvait toujours s’accrocher dans la tempête, un gars aux

valeurs sûres, un phare dans cet océan tourmenté où les gens ne savent plus à quel saint se

vouer. L’océan, il connaissait pour l’avoir arpenté sur les dundees de sa jeunesse.

Je l’avais rencontré en 2004 lors de la préparation d’une manifestation à Nantes. Nous

souhaitions donner un tour breton à une manifestation publique célébrant la diversité

culturelle. Je me souviens qu’il portait sa casquette de marin. Il n’était pas le plus jeune de la

bande mais c’est lui qui avait les idées les plus claires.

Depuis cette date, nous avons toujours milité ensemble, au sein de structures aussi diverses

que l’ICB, les bonnets rouges, Breizh impact, Bretagne majeure et maintenant Koun Breizh.

Combien de réunions ? Combien d’actions ou de projets menées à bien ou pas ? De tribunes

dans la presse ? Je serais incapable de le dire.

Il nous aura tellement appris. Sur le terrain des langues bien sûr. Yannig savait mieux que

personne allier l’intelligence au caractère. Il en a fait des grèves de la faim. Et nous savons,

avec le recul du temps, que ses idées autour du multilinguisme sont les plus pertinentes

pour multiplier nos filières bilingues. Je me souviens de sa dernière grève de la faim menée

en 2016, rien que pour obtenir un rendez-vous à la région, malgré une santé déjà déclinante.

Yannig savait payer de sa personne.

En bon marin, il savait aussi manœuvrer. Le Vatican se souvient encore de la manière avec

laquelle il réussit à bretonniser la visite du pape à Sainte-Anne d’Auray en 1996.

Il m’aura appris que la Bretagne ne vaut rien sans les valeurs humanistes et universelles. Son

catholicisme fervent était la source de sa mobilisation constante pour la Bretagne déclassée,

nos langues fragilisées comme pour l’accueil des migrants. Il avait le cœur assez grand pour

embrasser toutes les plus nobles causes.

Quel exemple pour nous tous qui trop souvent n’avons pas le cœur assez grand !

A quoi bon sauver une langue si c’est pour se fermer aux autres ?

Il m’aura encore montré que la défense de choses importantes pouvait être menée sans

jamais se prendre au sérieux. Mon épouse se souviendra longtemps de sa première

rencontre avec lui, sous la forme d’une succession de blagues surprenantes.

Yannig était de toutes les manifs linguistiques, écologiste et patrimoniales. Et si Koun Breizh

est présente sur le terrain de la protection des menhirs ce n’est certainement pas pour rien.


La Bretagne ne sera plus la même sans lui. Mais quand un menhir disparait, demeure encore

longtemps son empreinte de géant dans le sol. Yannig nous a tracé un chemin qu’il faudra

suivre dans les tempêtes qui s’annoncent.

Ce ne sera pas trop compliqué. Il faudra juste se demander ce que ferait Yannig dans cette

situation.

Il y a quelques semaines, il m’avait encore transmis un gros dossier par la poste. Yannig était

très papier. Il s’agissait de son gros dossier de suivi de la politique linguistique, avec les

chiffres soigneusement classés année après année, avec des articles de fond.

Lorsque j’ai compris qu’il me passait la main, j’ai ressenti comme une bouffée d’émotion. Le

menhir s’affaissait.

Il y a quelques jours, je suis passé le voir. Il n’allait pas fort. Le menhir était couché. Nous

avons convenu que lorsque j’irai le rejoindre au pays des âmes, il me faudra lui rendre

compte de la situation des filières bilingues et des efforts accomplis.

Depuis le temps que je milite -25 ans déjà- j’ai compris une chose. Nous ne sommes que des

passeurs. Nous aurons été mis en présence de menhirs qui auront laissé en nous leur

marque indélébile. Pour moi, ce furent des gens comme Goarnig Kozh, Angèle Jacq, Per

Loquet et bien sûr Yannig.

Nous ne sommes que des passeurs. Puisse le ciel faire que d’autres après nous trouvent

aussi leur menhir pour mieux baliser leur chemin au soutien de notre vieux pays.

La Bretagne a besoin de menhirs.


Y Ollivier

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