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Langue bretonne : Aurélie Martorell dénonce l’échec de la Région Bretagne

  • il y a 6 heures
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Aurélie Martorell a vivement critiqué la décision de la majorité de Loig Chesnais-Girard de ne pas augmenter le budget en faveur de la langue bretonne.
Aurélie Martorell a vivement critiqué la décision de la majorité de Loig Chesnais-Girard de ne pas augmenter le budget en faveur de la langue bretonne.

Ci-dessous, le discours d’Aurélie Martorell, membre du groupe « Hissons haut la Bretagne », à l’occasion de la session du Conseil régional de Bretagne qui se déroule actuellement à Rennes, du 11 au 13 février 2026. L’intervention porte sur les décisions jugées erratiques de la majorité de Loig Chesnais-Girard au sujet des langues de Bretagne.


« Une fois n’est pas coutume, c’est moi qui prends la parole en lieu et place de mon collègue Yvan, habituellement volontaire sur le sujet. À cette occasion, j’ai pu relire nos multiples et vaines interventions. La réalité crue m’a sauté au visage.


Alors que tous les citoyens bretons ouvrent bien grand leurs oreilles — et comme me l’a traduit poétiquement un ami locuteur breton dans cet hémicycle : on peut bien retourner dans nos monts d’Arrée claquer des digitales ! En matière de promotion des langues de Bretagne, nous chantons la messe, nous jetons du sel dans la mer, nous pissons dans le canal de Nantes à Brest !


Souvenez-vous de février 2022 : la majorité avait appelé cette assemblée à ratifier la nouvelle convention pour la transmission des langues de Bretagne, se targuant d’un document encore plus ambitieux que le premier. La Région prétendait être parvenue, avec ses partenaires signataires, au premier rang desquels l'État, à des accords permettant des avancées notables au service et au bénéfice des langues régionales. »


Des objectifs jamais atteints


La majorité prévoyait d'atteindre 30 000 scolaires bilingues en 2027, soit une augmentation de 50 %. Sur les bancs des oppositions, sauf le nôtre, l'allégresse était généralisée autour d’un accord présenté comme très largement positif, avec des objectifs clairs et des avancées notables, particulièrement sur la transmission, l'enseignement, la visibilité et l'usage des langues dans l'espace public et au quotidien.


Seul le groupe « Hissons haut la Bretagne » faisait dissonance, en critiquant vertement une convention non équipollente, avec d’une part des moyens limités pour la Région, et d’autre part des engagements brumeux, sans chiffrage, sans gage, sans garantie et sans sanction pour l’État. Nous avions osé incriminer l’État de ne pas nous accompagner honnêtement et sincèrement dans cette opération de survie. Nous avions opposé qu’en se contentant de vœux pieux, nous courions à une escroquerie programmée et que vous auriez à en rendre compte aux Bretons.


Où en est l’État ?


Souvenez-vous encore de 2023 : dès le début de l’année, plusieurs associations dénonçaient le fait que la convention n’était pas appliquée et que les moyens alloués par l’État n’étaient pas à la hauteur de ses promesses. Le réseau Diwan n’ambitionnait de former que 100 locuteurs par an. Fin mars, tous les conseillers régionaux bretons, sauf le RN et les élus communistes de votre majorité, envoyaient une lettre à Matignon pour rappeler l’État à ses engagements ; sans résultat.


En septembre, les écoles Diwan révélaient publiquement leurs difficultés financières. À l’initiative de Messieurs Moullec et Roudaut, qui avaient proposé que chaque commune verse 10 centimes par habitant, de nombreuses collectivités locales avaient ponctuellement versé une subvention. Où était l’État ? Vous-même, Monsieur le Président, reconnaissiez que de nombreux articles de la convention étaient en attente de mise en œuvre. Vous vous étiez engagé à continuer de négocier avec l’État pour amender cette convention de partenariat. Pour quel résultat quatre ans plus tard ? Aucun. Il n’y en aura aucun, et cette convention vide d’engagements ira jusqu’à son terme en 2027.


De 1 million à 200 000 locuteurs


Souvenez-vous enfin de décembre 2024 : le groupe « Hissons haut la Bretagne » avait profité de l’adoption du budget et du programme « 301 » pour vous interpeller sur la responsabilité de l’État dans l’exécution du plan de réappropriation des langues de Bretagne. Car le temps des comptes était arrivé et voici que les chiffres parlaient d’eux-mêmes : moins de 200 000 locuteurs bretons, contre 1 million au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec une pyramide des âges défavorable.


Et pourtant ! Aujourd’hui, en février 2026, vous nous proposez un programme 301 s’inscrivant dans la continuité de cette convention. Vos premiers mots sont les suivants : « Les résultats de l’enquête sociolinguistique, menée à l’échelle de la Bretagne dite historique, confirment une baisse continue du nombre de locuteurs, en particulier pour la langue bretonne, tout en mettant en évidence une appétence forte et renouvelée de la population pour les langues de Bretagne. Sans la mise en œuvre du plan de réappropriation, cette érosion aurait vraisemblablement été plus rapide et plus marquée encore. Ces constats renforcent la pertinence des orientations adoptées par la Région et soulignent la nécessité de poursuivre l’action publique engagée. »


Et de poursuivre : « l’objectif d’atteindre 30 000 élèves scolarisés dans les filières bilingues à l’horizon 2027 apparaît irréalisable sans une mobilisation amplifiée de l’État en matière de formation des enseignants. » Et de conclure : « la Région entend poursuivre une application volontariste de la convention (…) le budget consacré aux langues de Bretagne est maintenu en 2026, comme lors des années précédentes. »


Un échec de la convention


Je traduis en langage clair et ferme : la convention État/Région ne fonctionne pas. Le plan de réappropriation des langues de Bretagne ne fonctionne pas. Non seulement le nombre de locuteurs n’a pas augmenté, mais la baisse n’est même pas enrayée. La langue est en train de mourir, mais « heureusement » que la Région est là, sinon l’agonie serait encore plus rapide.

Donc la Région ne modifie pas sa trajectoire. Elle n’augmente pas son budget. Elle ne le réindexe même pas pour l’aligner sur l’inflation ; non, elle le maintient simplement. En 2022, nous dénoncions déjà la stratégie réelle mais non avouée de l’État de laisser les langues bretonnes disparaître. En 2023, nous interpellions la majorité régionale sur sa part de responsabilité dans leur déclin inexorable en acceptant de signer des accords non contraignants.


En 2026, nous reprochons formellement à la majorité de n’être pas au rendez-vous de la bataille pour la sauvegarde et la promotion des langues régionales. D’autres régions françaises remplissent bien mieux leurs objectifs que la Bretagne. Ici, la bataille des langues s’éteindra d’elle-même tranquillement, faute de combattants. Bien sûr, nous ne voterons pas contre ce programme — comment voter contre ? — mais n’imaginez pas que nous adhérons à votre politique. Ce sera donc une abstention de dépit. Et nous voterons pour la subvention à Diwan. Les Bretons ne nous jugeront pas sur nos intentions, mais sur nos actions.

 
 
 
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