Loig Chesnais-Girard ou l’inaction érigée en système de pouvoir
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- il y a 3 jours
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Depuis quelque temps, je songe à écrire un article sur la politique façon Loig Chesnais-Girard, Président du Conseil régional de Bretagne. Je me suis longtemps contenu en me disant que je focalisais trop sur le personnage et qu’après tout, il n’était qu’un digne successeur de ceux qui n’ont pas plus marqué les esprits pour la défense des Bretons et de leurs intérêts.
La récente visite de Loig Chesnais-Girard à Nantes pour s’ériger en défenseur de la culture m’a fait changer d’avis. Comment un président de la région Bretagne peut-il venir à Nantes parler de culture sans évoquer le problème politique majeur que constitue la réunification de la Bretagne ?
Le silence sur la réunification à Nantes
Des centaines de milliers de personnes attendent la réunification. Il vient les voir et ne dit mot sur ce sujet majeur en lien avec notre culture bretonne. Il voudrait devenir le défenseur de la dépense culturelle, au regard de la triste présidente des « Pays de la Loire », mais de quelle culture parle-t-il ?
Oublierait-il que les moyens de la région sont si dérisoires que ses subventions à la culture le sont tout autant – 28 millions d’euros contre 4,4 milliards pour l’État ? Et combien pour la culture bretonne ? La dépense culturelle en France, c’est à Paris que ça se passe ! Là est notre vrai problème. C’est ce que j’appelle passer à côté de la politique pensée comme l’art d’aborder les vrais problèmes. L’homme est coutumier du genre et a érigé l’inaction en système de pouvoir.
Sur la réunification de la Bretagne, il pratique la défausse : « Oui, mais la Loire-Atlantique n’en veut pas ! ». Il omet superbement la pétition signée par plus de cent mille habitants de notre département et le refus d’y donner suite par ses amis du Parti socialiste, Grosvalet, Ménard et consorts. Ce même PS qui, en 2014, privilégia le statu quo pour ne pas déplaire à ses grands élus.
L'échec de la politique linguistique
Sur l’échec historique de sa politique linguistique avec désormais une baisse inédite du nombre d’enfants scolarisés en filière bilingue, c’est l’État qu’il met en cause, assurant qu’il n’a pas fait son travail. Mais jamais nous ne l’avons entendu investir publiquement cette politique, lui imprimer sa marque.
Loig Chesnais-Girard a signé une Convention spécifique qui ne mentionne aucun engagement de l’État qui soit à la hauteur de l’enjeu consistant à sauver nos langues. Il fait ami-ami avec Monsieur le recteur d’académie et ne dénonce pas la Convention spécifique lorsque les services de l’État la malmènent ou les municipalités qui ne respectent pas la loi. A-t-il seulement songé à évaluer une politique linguistique en échec depuis des années ? Évoquer la possibilité d’une autre pédagogie tournée vers le multilinguisme, comme souvent ailleurs ? Il est absent du dossier. Sa responsabilité est immense.
Une autonomie de façade
Enfin, sur l’autonomie, il faut relever sa duplicité. Autant il se montre capable de revendiquer plus de décentralisation, autant il juge utile de tempérer en affirmant que les Français aiment le centralisme. Surtout, « un élu local doit faire avec ce qu’il a » ! Ne comptez pas sur lui, au-delà de quelques paroles de circonstances, pour engager un rapport de force politique avec l’État dans le dessein d’obtenir l’autonomie fiscale et politique.
Le fameux rapport remis à Madame la Première ministre Borne n’est qu’un document ambigu qui ne mentionne jamais le « peuple breton ». Nous comprenons la logique. Faut-il s’étonner si ce rapport n’a jamais reçu la moindre réponse ? Il s’agissait d’un exercice convenu pour ce partisan du système en vigueur.
On parlerait encore du logement où le verbiage l’emporte. La Bretagne croule sous la venue de nouveaux arrivants qui ne sont là que pour profiter de nos côtes et rendent problématique le logement de nos jeunes. La Bretagne perd son âme. Il leur souhaite la bienvenue !
Un navire sans capitaine
Loin d’être un capitaine breton appelé par le grand large, Loig Chesnais-Girard est une bénédiction pour le système qu’il conforte de son inaction. C’est bien ça le plus grave. Il y aurait tant à faire, à exiger, alors que la maison France s’écroule aujourd’hui et que le moment est venu de rebattre les cartes.
Or l’establishment parisien, qui contrôle tout au gré de ses intérêts, ne rencontre aucune opposition, aucune voix forte venue de Bretagne. Le système fait de nous des citoyens de seconde zone avec une collectivité régionale dépourvue de moyens et dont le responsable se complaît, signe des temps, dans une communication de tous les instants et vide de sens sur les réseaux sociaux.
Il fut un temps où la Bretagne était crainte. Elle n’est plus qu’un navire sans capitaine, ballottée dans la tourmente de l’histoire.
Par Yvon Ollivier








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